En Français — 14 Novembro 2011

Le Festival de Danse de Cannes, propose depuis 1993, au rythme d’une biennale, une programmation, composée de créations mondiales, découvertes, rencontres et colloques, reflet des grands mouvements chorégraphiques actuels.
Les deux prochaines biennales, en 2011 et 2013, sont confiées à Frédéric Flamand dont le projet artistique pour le Festival s’articulera autour d’une thématique commune aux deux prochaines éditions : Les Nouvelles Mythologies.
Le programme élaboré pour cette première édition met au jour les tendances affirmées de la danse d’aujourd’hui. En effet, des thématiques communes traversent ces pièces venues pourtant d’horizons géographiques et esthétiques très différents.
Surgis des fables antiques Orphée et Narcisse révèlent leur modernité : les pièces d’Eric Oberdorff, Hiroaki Umeda, Joanne Leighton et Emio Greco, sont peuplées de reflets, de reproductions et de doubles, avatars de Narcisse, tandis que celles d’Hervieu et Montalvo, ou d’Edouard Lock, travaillent sur les enfers et les joies du mythe orphique. Le rapport de Narcisse et Orphée à la représentation, à l’amour de soi et de la connaissance, à la création et à la traversée du miroir, revêtent en effet une actualité particulière, liés aux technologies de l’image.
Mais d’autres thématiques, nouvelles, traversent ce programme avec la prégnance et l’ambiguïté de mythes naissants. Celle d’un environnement écrasant, où la ville impose sa violence et sa misère (Heddy Maalem), où l’architecture et la technologie oppriment les corps par le bombardement d’images, d’écrans et de sons. Et si le danseur résiste, impose ses armes, la présence irréductible de sa chair, de ses singularités individuelles, il n’en est pas moins un Sisyphe moderne, plongé dans une interminable lutte, qui peut lui donner sens (Umeda, N+N Corsino), le réduire à une inquiétante animalité (Hofesh Shechter), le couper de lui?même (Frédéric Flamand).
Face à cette menace quelques résistances s’élaborent, comme autant de jardins secrets : l’intimité (Loejmi?Lorimer), la transmission (Leighton) et la musique, qu’elle soit baroque (Montalvo?Hervieu, Lock) rock (Mickael Clark) ou flamenca (Andrés Marin) permettent de renouer avec l’épaisse humanité de la mémoire. L’histoire interne de la danse est aussi visitée comme un refuge : la schizophrénie de Nijinski (Frédéric Flamand), les ballets mythiques (Thierry Thieû Niang, Thierry de Mey, Maalem), les affrontements techniques (Clark, Marin), sont autant de lieux de référence et de lutte. Comme l’irrévérence et l’humour tapageur de Christophe Haleb. Quant à Hofesh Shechter, Prométhée assumé, il prône l’insurrection et se tourne vers un avenir où l’humain veut triompher frontalement.
Car la danse, plongée dans le virtuel, affirme la matérialité du corps, jusque dans son émouvante finitude (Thierry Thieû Niang). Elaborant des mythologies nouvelles, elle reste sans doute un des plus clairs miroirs des conflits du temps.

Agnes Freschel
 

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Antonio Laginha

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