En Français — 04 Fevereiro 2016
BENJAMIN MILLEPIED DEIXA O BALLET DA ÓPERA DE PARIS A AURÉLIE DUPONT

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Le chorégraphe star et directeur de la danse à l’Opéra de Paris, le lyonnais Benjamin Millepied, quitterait ses fonctions prochainement, selon le Paris Match et confirmé para France Info.. 

Le danseur et chorégraphe venu du New York City Ballet avait pris ses fonctions le 1er novembre 2014. La radio évoque qu’il aurait “sous-estimé le poids de la part administrative de sa fonction“.

Sa nomination avait été un coup de tonnerre dans le milieu feutré de la danse. Ce Français qui a fait sa carrière au New York City Ballet est devenu à L’autonne 2014 l’un des plus jeunes directeurs de la grande compagnie de danse de l’Ópera de Paris.

Son arrivée as eté saluée et, parfois, critiquée. Avec Benjamin Millepied, c’était le glamour pop à l’américaine qui allait secouer cette maison un rien assoupie. Des stars, des galas et également des sponsors à la pelle. L’Opéra de Paris, à la veille de présenter sa nouvelle saison le 10 février prochain, serait sur le point de communiquer sur un éventuel désistement de Millepied.

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Les rumeurs allaient bon train: certains évoquaient le désir de sa femme l’actrice Natalie Portman de rentrer aux Etats-Unis où sa carrière semble comme entre parenthèses. D’autres pointaient le fonctionnement même de cette institution  qu’est l’Opéra de Paris où la moindre décision peut devenir un chemin de croix. Millepied se voyait sans doute plus comme un chorégraphe que comme un administrateur. On lui demandait d’être un peu les deux. Il a choisi visiblement de reprendre sa liberté, peut-être pour retrouver le Los Angeles Dance Project, la compagnie qu’il a fondée. Ou ses amis américains et leurs nombreux projets.

Actress Natalie Portman and partner Benjamin Millepied arrive at the 69th annual Golden Globe Awards in Beverly Hills, California January 15, 2012. REUTERS/Mario Anzuoni

Benjamin Millepied et sa femme actrice Natalie Portman

La saison 2016/2017 du Ballet de l’Opéra de Paris portera néanmoins sa marque: il présentera également deux ballets signés Millepied pour cette programmation aux allures de chant d’adieu. Le chorégraphe aura boosté en deux ans une génération de nouveaux danseurs classiques, amorcé une révolution en douceur du côté de la santé et des équipements -avec entre autres des planchers neufs pour les studios de répétition. Son style parfois un rien désinvolte ou sa surmédiatisation en auront énervé plus d’un : en interne à l’Opéra on avait peu apprécié « Relève » le documentaire que Canal Plus lui avait consacré en décembre. Son bilan est pour beaucoup positif. La compagnie avait trouvé un rythme de croisière satisfaisant s’attirant même les louanges du New York Times. Tout sera à refaire -ou presque. Un successeur doit être désigné dans la foulée. Reviendra-t-on à un danseur ou une personnalité issue du sérail de l’Opéra de Paris? Ça c’est le plus normal.

Benjamin Millepied

 

Entretien: 

Pourquoi invitez-vous des stars étrangères à danser La Bayadère, plutôt que de distribuer les danseurs maison?

Je prépare des danseurs maison pour ce genre de rôles mais leur donne la scène simplement, quand ils sont prêts: l’Opéra de Paris ne doit pas être en deçà d’un certain niveau. Les danseurs invités doivent inspirer la compagnie. Personne au monde aujourd’hui ne danse la Bayadère comme Kimin Kim. C’est le rôle de sa vie. Sa partenaire, Kristina Shapran, est une très grande artiste, avec ce côté extravagant des ports de bras et de l’émotionnel encore si présent chez les Russes. Quant à Isaac Hernandez, sa venue crée une certaine émulation. En outre, j’ai conclu des échanges avec l’American Ballet Theatre à New York et le Mariinski de Saint-Pétersbourg. Il est très important pour les danseurs de Paris de se montrer sur ces scènes. C’est très bien de danser l’été au Japon pendant les congés de l’Opéra de Paris, mais ça ne suffit pas à établir une carrière internationale.

Après un an à la tête du Ballet, où en êtes-vous?

Cette maison, c’était une bulle. Regardez à Bastille les Ombres de La Bayadère! Vous les voyez, vous, les danseuses qui dessinent la rêverie de Solor dans les volutes de fumée de l’opium? La transmission des chorégraphies classiques s’est faite de mano a mano depuis Noureev mort il y as 20 ans et aujourd’hui il est urgent de se demander comment elles doivent être dansées! Et d’interroger les maîtres qui savent encore tant qu’ils sont vivants. Les danseurs du corps de ballet travaillent avec l’idée curieuse que «si on ne vous voit pas, on fait bien». Mais quel métier est le nôtre? Être danseur, c’est s’exprimer, pas tenter de ressembler à un motif sur du papier peint! Oui, les danseurs de corps de ballet doivent présenter une certaine homogénéité, avoir conscience de l’autre dans l’espace, mais, avant tout, il faut qu’ils dansent! En ce moment, à Garnier, dans le programme contemporain Wheeldon/McGregor/Bausch, ils sont fantastiques, d’une liberté totale. Mais, dans le classique, ça n’est pas ça. Du coup, je vais en programmer énormément dès l’an prochain: j’ai envie de nouvelles Sylphides, d’une nouvelle Giselle, montées au plus près des artistes qui en détiennent encore le sens.

Quels remèdes proposez-vous pour améliorer cela?

Dans le monde entier, le ballet n’est pas brillant. Un peu partout, on trouve ça joli de faire La Bayadère ou Le Lac. La pression commerciale est considérable, et on se repose sur ces grands titres qui remplissent les salles. Le Royal Ballet y ajoute même Frankenstein cette saison! Avec Stéphane Lissner à l’Opéra, on retrouve la configuration des riches heures du ballet: une réunion de l’opéra et de la danse, ainsi qu’un chorégraphe connaissant vraiment la musique et les arts. C’était ainsi du temps de Noverre, Petipa ou Balanchine. Puis, le ballet s’est marginalisé. Dès l’École de danse, les enfants doivent comprendre qu’un danseur est un musicien qui fait de la musique avec son corps. Et que le style français, défini par l’élégance et le côté harmonieux voire restreint de la virtuosité, procède seulement de notre littérature, de notre musique, de notre peinture, de la même manière que l’exubérance chez les Russes. Les élèves de l’École ne doivent pas seulement être formés pour devenir danseurs. Ils doivent pouvoir faire évoluer le Ballet: c’est-à-dire diriger et enseigner. L’étude des arts et de la musique doit être au cœur des cours à l’École de danse, mais aussi les élèves doivent avoir un sens entrepreneurial, savoir trouver des fonds ou gérer une carrière, avec par exemple les réseaux sociaux, comme l’a si bien fait Daniil Simkin. Les écoles de danse du monde entier ne peuvent plus se contenter de produire de bons danseurs qui n’ont aucun avis!

William Forsythe est à Paris pour l’Académie de chorégraphie que vous avez créée. Participe-t-elle au même projet?

Si on n’a plus de talents pour faire avancer cette technique classique, comment sera-t-elle nourrie? Encore une fois, regardons le passé: les chorégraphes classiques étaient des gens de maison capable de chorégraphier pour un opéra comme pour un ballet. L’isolement de la danse dans les maisons d’opéra, fait qu’on n’y apprend plus beaucoup ce métier de chorégraphe et que le niveau général est très moyen. Certains possèdent ce langage chorégraphique de la pointe et de la danse classique et le font évoluer: Christopher Wheeldon, Justin Peck, Alexeï Ratmansky, par exemple. Mais l’avenir du Ballet de l’Opéra ne va pas se faire avec des chorégraphes invités. Il faut former des chorégraphes en interne qui vont résider avec la compagnie et développer des sujets d’aujourd’hui, aussi sophistiqués intellectuellement que ceux abordés par le lyrique. Dans ce domaine, lorsqu’on veut faire événement, on programme Moïse et Aaron. Pourquoi l’équivalent dans le monde du ballet serait Frankenstein ? Cela ne se fera pas sans développer une nouvelle génération de chorégraphes, capables de proposer une production en collaboration avec les artistes qui comptent. Dès l’an prochain, les cinq de l’Académie chorégraphique signeront une création pour le Ballet. Moi, j’en prépare une avec Philippe Parreno.

Vous avez envie de remettre la danse au centre des arts et vous le faites avec la 3e scène, où vous invitez cinéastes, écrivains, plasticiens… à réaliser des petits films publiés sur le site de l’Opéra de Paris. Vous parliez aussi de remettre la danse au centre de la société?

Je voudrais créer un réseau de salles où pour 5 euros par mois les gamins qui veulent s’épanouir avec le mouvement, dans les banlieues de Paris, par exemple, puissent prendre des cours de danse. Et leur ouvrir la scène de l’Opéra pour leur spectacle de fin d’année. Une fondation fait cela à Los Angeles avec 4000 enfants. On ne peut pas justifier autant de fonds publics et privés dans une maison comme la nôtre sans avoir un projet de cette sorte: l’art, c’est pour tous.

Les réformes que vous évoquez sont considérables. Quels sont vos délais?

On y travaille maintenant et ces projets devraient voir le jour dans les deux ans. Il y a une vraie passion dans la maison. La difficulté, c’est la peur du changement. J’ai appris, à travers ceux déjà effectués, comme l’installation à l’Opéra d’un système de santé spécifique aux danseurs, qu’une fois qu’ils sont mis en place, tout le monde les approuve. Je sens un grand désir d’une bonne partie de la compagnie de voir les choses évoluer. Aurélie Dupont ayant finalement préféré sa liberté, Benjamin Pech me seconde: j’apprécie sa rigueur et son ouverture d’esprit.

Comment vous sentez-vous après un an passé dans le Ballet?

Je m’attache aux danseurs, mais j’ai mis un an à trouver ma place dans cette compagnie qui marchait à la baguette. Je ne suis pas comme ça. J’ai voulu introduire une culture du respect, de la simplicité. La danse passe par le plaisir de laisser s’exprimer l’autre. La hiérarchie du Ballet, avec ses cinq grades, relève d’un ordre militaire archaïque, et induit une manière de parler aux danseurs «subalternes» que je n’accepte pas. Ce sont souvent des gens qui ont fait toute leur carrière au service du Ballet et connaissent les pas de chaque rôle. Pour moi, il faut qu’on parle à un danseur du corps de ballet comme à une étoile. Le concours du corps de ballet est une mauvaise idée. Les danseurs s’y investissent plus que dans les productions qu’ils doivent danser. Le vrai problème à résoudre est celui de l’assiduité au cours: cinq fois par semaine, pas deux ou trois fois, sinon le corps résiste, se blesse. La danse, c’est comme le piano. La virtuosité se travaille chaque jour. L’équipe des professeurs me seconde de manière très ouverte: Florence Clerc, Jean Guillaume Bart, Élisabeth Maurin, Laurent Novis, Gilbert Meyer. Et puis j’invite Youri Fateev, merveilleux pédagogue et directeur du Mariinski, Olga, ancienne maîtresse de ballet de Barychnikov qui connaît comme personne le travail des Cygnes du Lac, Johnny Eliasen et d’anciennes étoiles maison: Cyril Atanassoff et Attilio Labis. Ce sont des personnalités. Et quand je regarde sur les vidéos l’art qui était le leur, leur précision, leur musicalité, il y a un certain laisser-aller…

Ce vent de changement vous vaut de solides inimitiés. Ça vous freine?

J’ai toujours eu des ennemis parce que j’ai pris des responsabilités de manière précoce. Stéphane Lissner me permet de construire des projets au sein de l’Opéra, où j’amène un mécénat important au service de la danse. Ce que je fais, c’est par passion. Parce que je suis porté par la nécessité de donner au Ballet un souffle nouveau. C’est ma mission. Si je n’y arrive pas ici, je le ferai ailleurs.

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Lors de la conférence de presse du 4 février 2016, Stéphane Lissner – le patron de l’Ópera – qui a chosi Aurélie Dupont pour succéder à Millepied as précisé:

« Il était difficile pour Benjamin Millepied, d’être directeur de la danse et chorégraphe. D’un commun accord nous avons pensé qu’il était mieux qu’il prenne du recul. J’ai annoncé à Aurélie Dupont qu’elle deviendrait directrice du Ballet. Mon rôle est d’être garant de cette institution. La direction de la danse doit vraiment s’engager avec la compagnie. On ne peut pas répéter ce qui s’est passé, il faut du nouveau. Le Ballet doit répondre à des questions d’aujourd’hui pour demain. »
Benjamin Millepied, précisait : « Mon désir a été de faire évoluer l’institution. J’aime être inspiré par les danseurs. »
Quant à Aurélie Dupont, avec son indescriptible et discrète élégance joyeuse, elle a déclaré : « Comme je suis heureuse ! Benjamin est une très bonne personne. Il faut saluer tout ce qu’il a apporté à cette compagnie. Je reviens forte de mon expérience, du respect que j’ai pour tous les gens qui travaillent à l’Opéra. J’aime les danseurs, ils sont bons, j’ai envie de leur donner du sur-mesure. »

Une précision, Benjamin Millepied n’a pas eu l’outrecuidance et la méchanceté de programmer à la va-vite la saison 2017-2018, pour paralyser le travail de d’Aurélie. Il lui laisse carte blanche. Bravo pour ce fair-play ! Monsieur Lissner a d’ailleurs précisé que c’est l’unique raison pour laquelle il a nommé Aurélie ce matin, pour lui  laisser plein pouvoir pour l’organisation de cette programmation.

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Aurélie est une artiste d’exception qui a promis, « La compagnie a besoin de changements, je les ferai, mais en douceur. »
Benjamin a commencé le travail avec brio et il a mis en place ce qui se fait dans toutes les grandes compagnies du monde : suivi médical sérieux des danseurs in situ, replacement des planchers devenus dangereux, ce dont personne ne s’inquiétait, sortir du piquet de jeunes danseurs pleins de talent et d’enthousiasme, intéresser des sponsors au sort de cette compagnie, un million d’euros recueillis lors du gala de septembre dernier.

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Dix jours après:  Samedi 13 Février 2016
Pour la grande majorité des 154 danseurs du Ballet de l’Opéra de Paris, le départ de Benjamin Millepied est une bonne nouvelle. Cela ne s’ébruitait pas, mais le directeur de la danse était fortement critiqué en interne, pour son manque de respect envers une compagnie séculaire. Pour la première fois, les langues se délient, laissant apparaître l’ampleur du désamour.

Il allait révolutionner l’Opéra de Paris, lui la super star américaine, brillant danseur, brillant chorégraphe, brillant ceci, brillant cela. La presse française était, dans sa grande majorité, sous le charme. Quelques mois à peine après son arrivée, le directeur de la danse Benjamin Millepied a annoncé sa démission. Avant peut-être d’être lui-même cordialement invité à plier bagage. C’est que le beau gosse plein de charme et d’élégance, dépeint sur le papier glacé des magazines, avait d’étranges manières.

En réalité, en interne, derrière les strass et les paillettes, selon plusieurs témoignages, les visages sont tristes et les yeux cernés. Des cas de dépression ont même été recensés dans les couloirs de Garnier. La raison d’un tel malaise ? Pour les danseurs de la célèbre compagnie aucun doute : la méthode Millepied.

Au delà des sorties médiatiques du nouveau directeur, lors desquelles il n’hésitait pas à dénigrer publiquement le travail de ses danseurs, (propos qui ont beaucoup choqué), sa crédibilité a rapidement été mise à mal.

En témoigne par exemple sa méconnaissance du répertoire classique. Lors d’une répétition, raconte un danseur, Millepied lui montre les pas qu’il doit exécuter. “Sauf qu’il me donnait les pas d’un rôle qui n’était pas le mien (…) en fait il ne connaissait pas l’oeuvre” explique le danseur. Son goût peu prononcé pour les ballets classique n’est pas un mystère. Millepied n’avait-il pas qualifié le chef d’oeuvre, la Bayadère, de “relique du XIXe siècle avec des degrés d’obscénité inacceptable aujourd’hui ?”

“On était tristes de voir disparaître l’âme de l’Opéra (…) c’est comme si on décrochait la Joconde au Louvre” poursuit un autre danseur…

 

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Antonio Laginha

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