En Français — 14 Fevereiro 2012

Le monde de la danse vient de perdre l’une de ses figures les plus singulières. Depuis le début des années 80, Laurence Louppe, décédée le 5 février 2012 d’une grave démence frontale, l’avait investi à sa manière inimitable.
Ecrivaine et chercheuse, critique, elle avait fini, il y a quelques années par entrer dans la danse au sens le plus concret du terme, quand elle participa aux performances du chorégraphe Alain Buffard, notamment Dispositifs 3.1 et à Dé-marche (2002).
Tous ceux qui l’ont vue se souviennent de ce personnage blond, hérissé et aigu qui élevait l’auto-parodie au rang de l’un des beaux-arts.
Comme si le décalage était le legs d’une génération, celle à laquelle elle a appartenu et qu’elle a si bien illustrée.
Agrégée de lettres modernes à 23 ans, universitaire érudite, elle avait enseigné aux Etats-Unis , puis aux lycées de Montélimar à celui d’ Epernay, avant d’être assistante à l’université de Lille; elle s’intéressait autant à l’histoire des femmes qu’à l’esthétique et à la danse, qu’elle a défendue durablement à Art Press, comme responsable de rubrique à partir des années 80, ainsi qu’à Libé et à Pour la danse, et dont elle a été une collaboratrice régulière.
Férue de danse post-modern américaine, en particulier de Trisha Brown pour laquelle elle avait une ferveur particulière, elle aura accompagné toute la génération de la « nouvelle danse « française, de Jean-Claude Gallotta, sur lequel elle a été l’une des premières à écrire , à Dominique Bagouet surtout , à Daniel Larrieu, Odile Duboc, ou plus tard les chercheurs du quatuor Knust, et beaucoup d’autres…Dont Cunningham et Pina Bausch.
Brillante conférencière, elle a dirigé de nombreux stages avec Dominique Dupuy, et a enseigné notamment à l’université du Québec, et à PARTS, l’école d’Anne -Teresa de Keersmaeker, enfin dans le cadre de l’école qu’elle avait elle-même créée, le CEFEDEM-Sud d’Aubagne.
Commissaire de la mémorable exposition Danses tracées, à la Vieille-Charité de Marseille en 1991, elle avait élaboré, sur la base de manuscrits et de croquis de chorégraphes, l’un de ces très savants catalogues dont elle avait le secret.
Poétique de la danse et Poétique de la danse, suite sont deux livres qui, par leur qualité d’écriture et leur exigence esthétique, restent les plus précieux sur les trente dernières années de la danse d’aujourd’hui.
Laurence Louppe avait été nommée Chevalier des Arts et Lettres en 2009. Elle était l’épouse de Philippe du Vignal. Elle repose désormais en paix au petit cimetière du Prat , commune de Cassaniouze (Cantal), comme elle l’avait toujours souhaité.

Chantal Aubry

Related Articles

Share

About Author

Antonio Laginha

(0) Readers Comments

Comments are closed.